Dynamiques pastorales au Sahel : retour sur la table ronde consacrée au genre et à l’inclusion

table ronde pastoralisme

Le pastoralisme reste un pilier des économies rurales sahéliennes : il permet aux éleveurs de valoriser des ressources naturelles réparties sur de vastes territoires, souvent transfrontaliers, et fait vivre des millions de personnes. Mais les systèmes pastoraux traversent aujourd’hui des mutations profondes. Changements climatiques, pression foncière, croissance démographique et crises sécuritaires compliquent la mobilité des éleveurs et accentuent la vulnérabilité des communautés.

En ouverture, Nana Touré, directrice du Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE), a posé le cadre des échanges. Pour elle, le pastoralisme doit être reconnu comme un système économique, écologique et social résilient et la mobilité pastorale comme un levier de sécurité alimentaire. La crise du pastoralisme est aussi une crise de gouvernance transfrontalière, qui appelle une gestion concertée entre États. Enfin, elle a rappelé que le déficit d’intégration du genre dans les politiques pastorales est un angle mort.

Nana Touré, directrice du Secrétariat du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest (CSAO/OCDE)
Panelistes table ronde sahel

Le premier panel a réuni :

  • Ornella Moderan, conseillère senior pour le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF)
  • Sidpawalemdé Sabine Bouda Sawadogo, sociologue, conseillère genre, membre du réseau Elles du Sahel
  • Koba Tchegoun, conseiller technique en systèmes agroalimentaires, SNV
  • Régine Debrabandere, regional manager Afrique de l’Ouest, ENABEL
  • Dr Abdou Mahamat, sous-directeur des Pâturages et des infrastructures d’élevage, ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Cameroun), point focal pour le projet GIZ-PETRADEP

Les échanges ont mis en lumière le rôle économique et social des femmes dans les systèmes pastoraux : leur contribution est centrale mais peu reconnue et leur accès à la terre, au crédit et aux équipements demeure limité.

Les intervenants ont également pointé la perte d’attractivité du secteur auprès des jeunes, confrontés à des stéréotypes négatifs sur les métiers de l’élevage et souvent tentés par l’exode urbain. L’accès à la formation, à l’information et aux marchés a été identifié comme un levier déterminant pour inverser cette tendance.

Le panel a insisté sur un point de méthode : une inclusion réelle suppose des diagnostics sociaux préalables et des mécanismes garantissant la participation effective des femmes et des jeunes, sous peine de renforcer, par inadvertance, les dynamiques d’exclusion qu’elle prétend corriger. Les échanges ont enfin établi un lien entre la dévalorisation du métier pastoral et la stigmatisation sécuritaire de certaines communautés mobiles, plaidant pour des réponses fondées sur le dialogue.

Panelistes table ronde sahel
Panelistes et assemblée table ronde sahel

Réponses opérationnelles et pratiques inclusives

Le second panel, orienté sur les réponses opérationnelles, a réuni :

  • Dr Mamane Tahirou, chef de service des Affaires juridiques et du Contentieux, Autorité de développement intégré des États du Liptako-Gourma (ALG)
  • Habibata Adigoun, experte régionale en genre et VBG, Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS)
  • Erwann Fillol, conseiller régional surveillance et analyse de données, Action contre la Faim Espagne
  • Koffy Kouacou, représentant pays au Mali par intérim, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
  • M’Bara Adiawiakoye, directeur pays Sahel Bénin, Search for Common Ground

Les échanges du panel ont fait ressortir trois idées principales. Premièrement, l’amélioration de la gouvernance pastorale repose sur la production de données fiables, combinant observations de terrain et outils satellitaires, mais également sur leur diffusion rapide et accessible auprès des communautés pastorales. Cette démarche doit intégrer les femmes et les jeunes dans la collecte, l’analyse et l’utilisation des données, tout en réduisant la fracture numérique qui limite leur accès aux applications mobiles et aux autres outils d’information.

Deuxièmement, la participation effective des femmes aux organes de décision relatifs aux infrastructures et aux ressources pastorales produit des effets positifs qui dépassent la seule représentation, notamment sur les plans économique et communautaire. Toutefois, pour que cette inclusion soit effective et durable, elle doit également associer les hommes, qui conservent encore une place déterminante dans les mécanismes de décision au sein des communautés pastorales.

Troisièmement, les mécanismes communautaires transfrontaliers et les conventions locales constituent des instruments pertinents pour organiser une gestion concertée des ressources naturelles. Leur capacité à produire des résultats concrets, y compris dans un contexte sécuritaire dégradé, souligne l’importance de soutenir les dynamiques locales de coopération et les dispositifs de gouvernance construits par les communautés elles-mêmes.

Des corridors de mobilité aux corridors de stabilité

En conclusion, Nana Touré a partagé les principaux enseignements issus des échanges de la journée. Le pastoralisme ne doit plus être regardé uniquement sous l’angle de la vulnérabilité. Concernant l’inclusion, elle constate que cela ne consiste pas simplement à intégrer les femmes et les jeunes comme bénéficiaires du projet. Cela suppose qu’ils deviennent pleinement acteurs des décisions. Elle a ensuite insisté sur l’enjeu de l’institutionnalisation :

Les projets produisent des résultats parfois remarquables, mais notre défi collectif est désormais celui du passage de projets au système. »

Elle a également plaidé pour une vision intégrée des grands corridors de transhumance : « un corridor pastoral bien gouverné […] c’est aussi un corridor de stabilité », a-t-elle affirmé, soulignant qu’une mobilité organisée et sécurisée réduit les tensions autour des ressources et offre aux jeunes une alternative concrète à l’économie de la violence.

Revenant sur la place des femmes dans ces dynamiques, elle a conclu : « ce corridor a également un visage de femme ». Une formule qui résume l’esprit de la rencontre : reconnaître la contribution déjà réelle des femmes aux chaînes de valeur pastorales, tout en renforçant leur présence dans les instances de décision.

Les conclusions des échanges ont été traduits en cinq axes de recommandations à destination des institutions nationales, régionales et des partenaires techniques et financiers.

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